
« Dépôt », un quartier centenaire, est l’un des premiers de la ville de Tambacounda. Il tire son nom des matériels qui y étaient déposés pendant la construction de la voie ferrée Dakar-Niger. Dans la zone, un mouvement associatif très puissant se déploie, met en place une stratégie et s’emploie à trouver des solutions aux problèmes qui se posent. « Dépôt », c’est surtout les charmes que dégage le melting-pot qu’il forme.
Avec une population de plus de 10 mille âmes, dans une ville de 70 mille habitants, « Dépôt » est l’un des premiers quartiers de la ville de Tambacounda. Il est coincé entre la voie ferrée et la rivière du Mamacounda. C’est ici que se trouvait la base des constructeurs européens de la voie ferrée Dakar-Niger qui y avaient entreposé leurs matériels. Tout autour, se développaient les campements des ouvriers africains. La première extension du quartier « Dépôt » date du premier lotissement effectué en 1916. Né avec le rail, le quartier vit au rythme de l’informel.
La célèbre rue Aynima Fall, qui en constitue le cœur économique, est jalonnée de boutiques ; ce qui en fait un haut lieu d’échanges. L’autre particularité du quartier « Dépôt », où de vieilles bâtisses sont côtoyées par des bâtiments modernes, c’est surtout sa population cosmopolite. Ses habitants, originaires des quatre coins du Sénégal, mais aussi de la Guinée-Conakry et du Mali, forment un melting-pot dont les noms de famille « mossi », « bambara », « khasonkhé », « soussou », « peul », entre autres, font le charme. En effet, à côté des Kaba, des Traoré, des Kanté et des Tandjigora, vivent les Cissokho, les Diallo, les Bâ, les Djikiné, les Bathily et les Souaré. « Cette population, qui vit en parfaite symbiose, semble trouver dans le mouvement associatif une soupape de sécurité face aux rigueurs de la crise », nous confie Mabèye Dieng, un sous-préfet à la retraite. Né au début du 20ème siècle, le quartier « Dépôt » est, aujourd’hui, confronté à une crise de croissance. De 4.000 âmes en 1988, la population est passée à 7.000 âmes en 2001 et avoisine, à présent, les 10.000 personnes. Cette augmentation n’a pas été accompagnée d’une extension du quartier, actuellement ceinturé par la rivière du Mamacounda et les zones d’habitation sorties de ses flancs. Cette situation est, pour Alassane Guissé, secrétaire exécutif du Gadec (Groupe d’action pour le développement communautaire), un défi majeur de gestion urbaine.
Les activités économiques du quartier « Dépôt » ont connu une évolution positive avec la prolifération des boutiques de commerce. Beaucoup de ses enfants ont émigré en Europe, principalement en France, en Espagne et en Italie. « Dépôt » est confronté à une crise de croissance que l’on peut évaluer à partir de la seule école qui y fonctionne avec un effectif de 1.058 élèves pour 12 classes, soit 83 élèves/classe. Un double flux est imposé par les autorités académiques pour résorber la population scolaire. Mais, cette option joue négativement sur la qualité des enseignements et se ressent sur les résultats scolaires des enfants. Le quartier est aussi confronté à des problèmes d’insalubrité que le comité de développement local a pris à bras-le-corps. « Dépôt », qui abrite un seul poste de santé, ne peut pas satisfaire les besoins sanitaires de ses habitants qui sont obligés de se rabattre sur la circonscription médicale sise au quartier Liberté. Face à ces difficultés, parmi d’autres, les populations mettent en place des stratégies pour se tirer d’affaire. Le mouvement associatif, s’appuyant sur les valeurs de solidarité, essaie de trouver les meilleures solutions aux différents problèmes qui se posent à la communauté.
Pape Demba SIDIBE