Kadia Doucouré, une “femme de terrain” au service de sa communauté

 

Par Amadou Thiam

Ogo (Matam), 7 mars (APS) – Adjointe au maire de la commune de Ogo, Kadia Doucouré, la trentaine, porte plusieurs cassettes. En plus d’être femme politique, elle est aussi agent de développement et aime, par dessus tout, descendre sur le terrain pour mieux être au contact de sa communauté afin d’essayer d’apporter des solutions à ses problèmes.

Après avoir travaillé pour des organisations non-gouvernementales (ONG), la jeune femme est aujourd’hui agent du service régional du développement communautaire, où elle supervise le programme des bourses familiales. Elle mène parallèlement d’autres activités de terrain à l’aide d’une moto qu’elle utilise pour ses déplacements.

En ce début du mois de mars, Kadia Doucouré vient de terminer une réunion avec le comité local de développement qui a porté sur le foncier. Elle raccompagne les derniers participants à cette rencontre tenue dans les locaux de la mairie de Ogo, dans le département de Matam.

Dans la cour de la municipalité, des bancs de couleur bleue sont installés de part et d’autre. Lors du passage du reporter de l’APS, ils étaient occupés par quelques agents, dont un adjoint au maire et un secrétaire municipal. Deux motos sont garées sur les lieux qui sont presque déserts.

Vêtue d’une robe bleue et tenant un ordinateur portable, Kadia Doucouré, adjointe au maire de Ogo, cherche à nous installer dans un des bureaux du bâtiment. Elle finit par nous accueillir dans celui du maire où sont accrochées des photos de ce dernier accompagné de l’ancien président de la République Macky Sall, mais aussi de celle de son successeur.

Native de Sinthiou Garba, un village situé juste après Ogo, la jeune femme se considère comme un agent de développement s’activant dans le social, à travers des ONG pour lesquelles elle a travaillé et continue de le faire.

“C’est en 2007 que j’ai commencé à travailler avec des ONG. J’ai débuté avec Sahel 3000 dont les activités sont plus concentrées sur l’appui aux personnes vulnérables, la sensibilisation et le changement de comportement”, explique-t-elle.

Entre autres secteurs, l’adjointe au maire souligne que le soutien aux femmes enceintes et la sensibilisation sur l’obtention d’actes d’état civil font partie des questions phares sur lesquels elle a travaillé. Elle rappelle également avoir travaillé dans un projet d’électrification des villages dans le département de Matam.

“Pour ce projet piloté par la Senelec, on m’avait confié, en 2016 et 2019, les communes de Ogo et de Odobéré, dans les départements de Matam et Kanel, où des ménages vulnérables avaient été choisis pour bénéficier de branchements sociaux”, confie la conseillère municipale.

Elle relève que le fait d’avoir aidé une famille à disposer de courant, alors qu’elle avait été à l’origine omise dans le cadre d’un programme d’électrification l’a beaucoup marquée.

‘’Garçon manqué’’

Très connue dans la région pour ses activités, Kadia Doucouré a aussi participé au programme des filets sociaux à travers des ”cash transfert”, sans oublier les appuis aux femmes porteuses de micro-projets comme le jardinage.

“Depuis 2019, je suis affectée au service régional du développement communautaire en tant que superviseur pour la Délégation générale à la protection sociale et à la solidarité nationale (DGPSN) dans le cadre du programme des bourses familiales. Cependant, je peux avoir des activités parallèles que je mène dans la sensibilisation, surtout en santé”, précise-t-elle.

Elle déclare qu’elle est sollicitée parfois par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) pour des enquêtes.

Toutes ces activités qu’elle mène lui font dire qu’elle est une femme de terrain, une particularité qui remonte à sa jeune enfance. A l’époque où elle vivait encore au village, elle accompagnait très souvent son père dans les champs, malgré son très jeune âge et la réticence de ce dernier et de ses frères.

“Chaque jour, mon père et mes frères m’interdisaient de les suivre. J’attendais qu’ils partent à bord de charrettes pour les suivre à pied, jusqu’aux champs sur une longue distance. Parfois, on me frappait, on me menaçait, mais je restais ferme”, se souvient-elle.

Et à force d’y aller, son père avait fini par accepter le fait, dit-elle, ajoutant que, quelques années plus tard, il avait fait d’elle sa meilleure employée.

“A un moment, je refusais d’aller au champs, mais mon père menaçait de me punir si je n’y allais pas. A la fin, il disait qu’il n’était jamais content tant que ce n’était pas moi qui l’aidais à cultiver les champs”, rappelle-t-elle dans un grand sourire.

Elle souligne que c’est de là que lui est venu le surnom de “garçon manqué”, car elle conduisait une charrette tirée par un cheval ou un âne. Kadia avoue que l’âne est ‘’plus difficile à manœuvrer avec des arrêts sans cesse’’. Le sobriquet de ”garçon manqué” la suit jusqu’aujourd’hui où elle passe pour une grande passionnée de moto, un moyen de locomotion qu’elle utilise depuis plusieurs années.

Pourtant, cette sportive courrait chaque jour et à deux reprises la distance Sinthiou Garba-Ogo, soit une distance de sept kilomètres. Elle déclare avoir commencé le vélo, depuis son jeune âge.

Passion pour la moto

“J’aimais tellement le vélo qu’un jour j’ai demandé à mon grand-frère qui revenait de l’étranger de m’en apporter un, une demande qui l’a étonné. Des années plus tard, j’ai commencé à me familiariser avec la moto quand j’ai débuté dans une ONG qui venait de réceptionner une dotation en moto”, se souvient Kadia, célibataire et mère de deux enfants.

C’est le moyen le plus rapide de se déplacer sur le terrain, considère-t-elle, tout en disant ne pas minimiser les remarques qui lui sont souvent faites en tant que femme conductrice de molo.

Elle justifie ce choix par le fait que les communes qui lui ont été confiées sont très vastes. Par exemple, celle de Ogo, à elle seule, compte 44 villages officiels et 17 hameaux.

L’ancienne élève du Collège d’enseignement moyen de Sinthiou Garba s’active aussi en politique depuis 2008.

Durant sa formation en comptabilité à Matam, elle se rappelle qu’elle séchait ses cours pour aller assister à des réunions. Des absences qui lui valaient des sanctions de la part de l’institut de formation où elle était inscrite et des avertissements de sa maman.

Son élection comme adjointe au maire a surpris beaucoup de personnes qui ne l’attendait par sur le champ politique. Ainsi, un célèbre politicien de la région n’avait pas hésité un jour à lui lancer : “Tu ne peux pas faire de la politique, tu es un agent de développement.”

Pour la journée internationale des droits de la femme, elle propose l’organisation d’activités dans chaque village et chaque département, vu que “les réalités ne sont pas les mêmes pour toutes les femmes de la région”.

“Il faut que les choses changent. Des rencontres doivent être organisées dans chaque localité afin d’échanger avec les femmes pour qu’elles étalent leurs difficultés au quotidien. C’est de cette manière qu’elles pourront être aidées à résoudre leurs problèmes”, explique-t-elle.

Kadia Doukouré plaide pour l’organisation d’activités dans des villages les plus reculés de la région, tout en se félicitant de l’organisation de concertations régionales en prélude à la Journée du 8 mars dédiée aux droits des femmes.